3 petites histoires de nuit et un oiseau pour Colette

Cela commence à la nuit tombée, au coeur d’une forêt baignant dans un rose qui embrase l’atmosphère. Maman ourse rentre à la maison avec son ourson qui lui demande trois histoires. La tendre Maman ourse racontera « Celle qui dit qu’il faut dormir », puis celle de « la petite fille avec son épée qui s’était perdue » pour terminer avec « Celle du monsieur avec son grand manteau qui a perdu son sommeil ». Ce sont les Petites histoires de nuit de Kitty Crowther.

Kitty laisse tout son temps à maman ourse pour raconter ses trois histoires qui tournent autour du thème du sommeil. Car il n’est pas si simple de s’endormir. Mais avec l’aide de la gardienne de nuit, ou d’un ami qui vous évite de vous perdre plus longtemps  ou d’une pierre-mots, le sommeil vous berce tranquillement. Chacune de ces histoires est rassurante, montrant aux petits qu’il y a toujours quelqu’un qui veille sur nous. Elles nous entrainent dans des lits douillets, des espaces riches d’une faune et d’une flore enveloppantes. On y retrouve l’esthétique poétique de Kitty qui joue de traits un peu plus appuyés dans le contraste des lumières nocturnes sur fond rose presque fluo. On s’y balade de la forêt au monde aquatique.  La nature comme manteau bienveillant.
Ourson a toujours un avis sur les histoires dans lesquelles il puisera l’apaisement et choisira le personnage qui alimentera ses rêves. « Choisis ton étoile » dit maman ourse qui veille toujours du coin de l’oeil par la porte entrebâillée.
C’est tellement beau et réussi, que l’on se prend à chercher immédiatement un enfant pour lui lire ce livre.

 Autant le monde et les personnages de Kitty baignent dans le rose (tout en utilisant d’autres teintes), autant Isabelle Arsenault fait usage de la couleur à l’inverse. Dans L’oiseau de Colette  tracé en noir et blanc (peut-être la couleur des villes?), le jaune du ciré de Colette (en écho avec sa perruche soit-disant perdue), soutient le regard du lecteur, lui permettant de suivre les aventures fantasques de l’héroine. Mais il servira aussi l’épanouissement des illustrations qui deviennent plus larges et plus colorées (de jaune surtout) vers la fin de l’histoire, en harmonie avec l’imaginaire grandissant de Colette.

Colette et sa famille viennent de déménager et… pas question d’avoir un animal domestique, déclarent ses parents. Dans sa petite colère, elle donne une coup de pied sur un carton qui valdingue par-dessus le mur, dans la ruelle, et fait fuir un oiseau. Ah, la ruelle! Lieu magique des souvenirs d’enfants ! Camaraderie, aventure à 2 mètres de la maison, première chute à vélo et découverte de l’univers des autres. D’ailleurs Isabelle Arsenault dédicace son livre « À tous les enfants des villes qui illuminent les ruelles de leur imagination débordante ».

Colette ne perd pas la face. Elle indique au premier venu qu’elle a perdu sa perruche. De bobard en bobard, les enfants que Colette rencontre dans la ruelle l’entrainent toujours plus loin. Chacun semble profiter de ce malicieux mensonge qui nourrit leur imaginaire. Cette affabulation m’a fait penser au jeu d’accumulation des enfants « Dans ma valise, il y a… ». Car enfin cette perruche est…bleue, avec un peu de jaune dans le cou, s’appelle Elizabeth comme la princesse,  elle parle aussi, un peu, mais seulement en anglais, et quand elle chante elle fait PRrrrr Prrr PrrrrruiiiiT, elle a voyagé à Hawaii, etc… Les mots de Colette seront autant de bulles  imaginatives pour ses nouveaux amis qui continueront l’histoire avec ou sans Colette. Mais avec Colette ce sera mieux!

Touchante dans son trait, joyeuse dans ses expressions et comique dans les répliques, Isabelle Arsenault construit intelligemment son récit sur plusieurs niveaux allant d’une simple petite colère de déménagement à la rencontre de nouvelles amitiés, en passant par l’imaginaire et à l’affirmation de soi dont semble s’étonner Colette elle-même à la fin de l’histoire.

J’achèverai cet article par un petit clin d’oeil à l’album La Ruelle (D’eux), de Céline Comtois et Geneviève Després, dans lequel Élodie explore une ruelle déserte en attendant que son papa soit prêt…Décidément les ruelles des villes sont inspirantes pour les créateurs.

Acheter ces livres: L’oiseau de Colette  d’Isabelle Arsenault (La Pastèque) / les Petites histoires de nuit  de  Kitty Crowther (Pastel) / La Ruelle de Céline Comtois et Geneviève Després (D’eux)