Place à l’art !

Très souvent, on me pose la question: Devrait-on donner une place plus importante aux arts? Pourquoi?
La réponse est oui, bien sûr, et pour ce faire, les moyens ne sont pas inatteignables. Car contrairement à ce que pensent certaines personnes, ce domaine appartient à tous et ne devrait pas être réservé aux spécialistes.
Mais revenons au pourquoi?

Les arts visuels impliquent la question du regard. Différencier VOIR ET REGARDER (comme entendre/écouter) est un débat passionnant à lancer avec les enfants.
Regardez cette photo vue du ciel: rose, une forme arrondie, mais en regardant de plus près, ce sont des oiseaux, des millions de flamants roses sur la mer.
Les idées de voir et regarder peuvent aussi être mises en lien avec la lecture. Quand nous lisons un livre ou quand nous écoutons une histoire, nous voyons INTÉRIEUREMENT ce qui se déroule.

Ensuite, au-delà de ce que l’on peut décrire, l’image renvoie au monde du visible et à celui de l’invisible.

Je « vois » sur ce tableau des couleurs, des coups de couteau ou de brosse qui ont appliqué la couleur, mais l’œuvre exprime une force, une émotion, des sentiments non palpables. Que pense cette femme ? Qui regarde-t-elle? Où est-elle?
Tout comme je l’explique souvent aux enfants : la première fois que je rencontre une personne, je peux décrire son apparence mais je ne la connais pas encore…
Jean-Paul Riopelle disait que pour lui il n’y avait pas d’art abstrait. Derrière ses œuvres dites « abstraites » il y a une intention, une pensée…

L’art amène au partage. En regardant ensemble une œuvre, nous réagissons différemment, nous comprenons que chacun « voit » les choses différemment. Ainsi dans une classe, nous développons de l’empathie en acceptant ces différences. Cela nourrit des débats tout à fait intéressants dans lesquels même les plus timides prennent la parole.

Bien sûr, l’aspect culturel de l’art n’est pas négligeable. Une œuvre oblige à plonger dans le temps et l’espace: codes sociaux des vêtements, architectures, paysages, objets, …Tous les indices que nous cherchons avec les enfants  permettent un enrichissement culturel. Au-delà, le monde de l’art leur offre des points de repère dans l’histoire de l’humanité.

L’art enrichit l’imaginaire. C’est peut-être banal mais l’effet que produit une œuvre sur nous provoque toujours des pensées  inattendues. Pourquoi ? Parce qu’en chaque œuvre il y a un potentiel narratif. Et en chaque personne un vécu différent qui lui fait écho. C’est ce que je me suis amusée à démontrer dans mes livres en racontant des histoires dans des tableaux abstraits (Le petit canoë, La fête de Chapultepec…)

Dernier point et non des moindres, l’art est naturellement en  lien avec la littérature jeunesse. Cette littérature illustrée que les enfants côtoient depuis leur plus jeune âge reflète des techniques, des courants, des influences du monde de l’art. De plus, comme vous le savez, certains auteurs jeunesse (Anthony Browne, Stéphane Poulin, Claude Ponti…) font clairement allusion à des artistes célèbres. Sans compter les éditeurs qui proposent aujourd’hui des livres dont la puissance artistique et plastique en font de véritables œuvres d’art grâce à l’ingéniosité de la création papier (cf. Les livres pop-up des éditions Les Grandes Personnes par exemple).
Pour « lancer » la rentrée, je participerai au congrès qui aura lieu cette semaine à Laval, PEDAGOFEST. J’y donnerai deux ateliers autour du livre Riopelle l’artiste magicien et m’entretiendrai le 15 au midi littéraire en compagnie de Dominique Demers. Au plaisir de vous y rencontrer !

La force tranquille des tout-petits

Pour cette chronique, j’ai mis en lien deux albums qui disent bien la force et la ténacité des tout petits quand ils se sentent assez aimés et confiants pour prendre la liberté de s’exprimer.

Commençons par l’album d’Audrey Poussier,  Tout le monde dort?, sur le thème classique du dodo. C’est un moment crucial que l’heure de se coucher. On ferait tout pour résister au sommeil et éviter d’être laissé seul dans le noir. Certains enfants sont très rusés pour prolonger la journée. Certains adultes aussi :))
C’est le cas de notre petit bonhomme ici, qui  pose des tas de questions à sa très patiente et tendre maman. Elle répond à son « petit cœur », son « poussin », son « lapin » avec poésie,  sur le dodo des fleurs, le dodo des ânes des grands-parents, le dodo du soleil et de la lune.

Au fil des pages, les questions nous entrainent de plus en plus loin et témoignent du mystère du jour et de la nuit qui fascine l’enfant. Audrey Poussier déploie sur la page de droite, des illustrations qui témoignent de l’univers poétique et onirique qui se crée entre le petit et sa maman. Une curiosité que jamais la maman ne freine. Elle trouve des réponses à tout, mais c’est assez épuisant!
Avec humour, les vignettes sous les dialogues (en page de gauche) montrent l’avancée du sommeil auquel succombera, vous l’aurez deviné, …la maman.
J’ai retrouvé avec bonheur dans cette histoire la poésie d’un de ses premiers albums Ma première nuit dehors. L’ imaginaire soufflé par les réponses de la maman, prend corps dans la tête de l’enfant pour qui le monde en construction est parfois absurde et abstrait. En jouant sur les échelles des choses représentées, sur la personnification des astres, Audrey Poussier nous offre ici un véritable BIJOU pour l’heure du coucher. D’autant plus que l’histoire se termine dans la projection du matin qui renaitra. C’est rassurant.

Dès l’âge de l’école, confrontés aux autres, nous devons parfois refreiner nos élans spontanés. L’orage de Frédéric Stehr raconte la confiance qu’il faut se donner à soi-même pour affronter le regard des autres.
C’est jour d’orage. Pas de gymnastique dehors. « Nous allons faire de la danse » dit la maitresse. Et chacun des oisillons de mettre ses petits chaussons de gymnastique. Si vous avez le sens de l’observation, vous constaterez qu’un oisillon (Piou-Piou) ne met pas les mêmes chaussons que les autres. Et plus encore…
Adorables, les expressions et l’enthousiasme de tous à l’idée de cette activité inattendue. Lorsque Piou-Piou indique à la maitresse qu’elle sait déjà danser, cette dernière l’invite à faire une démonstration. Mais danser sur les pointes avec un tutu, comme dans le lac des cygnes, lui attire aussitôt moqueries et quolibets. « C’est pas comme ça qu’on danse » et la maitresse, absorbée par son appareil à musique, n’y prête pas attention puis invite chacun à venir danser. Personne ne se préoccupe plus de Piou-Piou que l’on voit quitter la salle de classe tête basse, tandis que la maitresse se laisse totalement déborder  par les danses de chacun bougeant les fesses, les pieds ou sautant très haut.
Mais où est passée Piou-Piou ?
Piou-Piou, elle, danse sous la pluie. Seule, elle poursuit son art. Et en un clin d’œil devient l’admiration de tous. Alors finalement « expression libre ! » annonce la maitresse à tous ses oisillons. On en voit même qui tentent d’imiter Piou-Piou sous la pluie…
Avec subtilité, Frédéric Stehr indique la voie à suivre à celles ou ceux qui n’auraient pas assez confiance en leurs talents. Ses illustrations pleines pages permettent au lecteur d’être dans la classe ou dans la cour. Les attitudes expressives laissent deviner les personnalités de chacun.
Un album tout en douceur qui exprime avec grâce la force tranquille d’un tout petit.

De mots, de craie, de dessins et de paroles

Ça va blablater au Congrès de Mots et de Craie qui commencera jeudi matin à Sherbrooke ! Femmes et hommes, profs, bibliothécaires, animateurs, passionnés de littérature, accrochez-vous, vous ne saurez plus où donner de la tête entre les conférences, les blablas de couloirs, les retrouvailles, les achats, les repas d’auteurs, et mille idées qui vous étourdiront.
Tout cela pour travailler ensemble à améliorer notre vision éducative. Tout cela pour le bien-être des enfants. C’est formidable.
Pour une conférencière ou un conférencier, c’est très stimulant. Nous aurons un public motivé et curieux. Pour ma part, ce sera Riopelle l’artiste magicien qui portera mes propos dans lesquels je vise surtout à proposer que l’art tienne une plus grande place dans nos vies.

Rappelez-vous les premiers hommes, dans leurs grottes, à survivre et faire du feu pour éloigner les bêtes sauvages. Ils ont pourtant décider d' »écrire » leur histoire. À l’origine, écrire et dessiner c’est pareil. Ils ont  écrit des taureaux, des lions et des chevaux sur les parois, ils ont représenté ce qui les préoccupait ou les interrogeait.

N’est-ce pas ce que fait un enfant avant de savoir officiellement lire et écrire? Il « écrit » ce qu’il sait à l’intérieur de lui en traçant des lignes sur une feuille, en y ajoutant des couleurs. L’enfant est un artiste. Pourtant, cette part artistique, nous l’enfouissons en nous-mêmes jusqu’à l’effacer la plupart du temps, sauf certains qui continuent à communiquer leurs idées à travers leurs œuvres.

L’art tient une part importante dans l’humanité et nous faisons encore les ignorants. Pourtant, observer une œuvre est à la portée de tous. Et à travers ce que les artistes ont laissé, nous en apprenons sur nous-mêmes et notre histoire, nous comprenons que le monde réel n’est pas toujours le monde visible.
Un beau lien à faire avec les albums de littérature jeunesse, non?

Liste des livres exposés lors de l’atelier en plus de mes livres d’art

Et puis il y aura Marianne Dubuc, Êve Thaler, Olivier Tallec, Quentin Bréban et tant d’autres…

Voyage dans le Grand Nord

L’art et la littérature nous offrent des voyages inattendus, parfois risqués, mais souvent merveilleux. J’ai eu la chance de partir en voyage avec moi des enfants incroyables, aventureux, attentifs et talentueux. Ils avaient cinq ans, l’âge de l’étonnement et de la curiosité. Nous étions dans la classe et Riopelle nous proposait un voyage dans le Grand Nord.

Vous l’aurez compris, ce fut une exploration au coeur de l’univers de Jean Paul Riopelle et de son inspirante série des Icebergs. Pour rappel, voici l’Iceberg 3 (Galerie Simon Blais) représenté dans Riopelle l’artiste magicien (p.29).

À partir de cette oeuvre mais aussi de photos d’icebergs ou de la banquise, les enfants ont à leur tour peint leur iceberg. Les résultats sont si éblouissants que je ne peux m’empêcher de les partager. Ils ont saisi la notion d’espace, travaillé uniquement avec du noir et du blanc et sont allés jusqu’à raffiner leur représentation avec des filaments blancs, craquement des glaces qui s’entrechoquent.

Avant de tracer leur iceberg, nous avons réfléchi au point de vue. Le verra-t-on de haut, en vue aérienne, ou bien de face dans son gigantisme. Pas facile !  Jean Paul trompe un peu notre regard sur ces points de vue.
Puis il a fallu tracé la forme de cet iceberg avec un pinceau de peinture noire. Et laisser le blanc en « réserve » pour la glace. Tout cela était nouveau pour les enfants. Certains de leurs icebergs ressemblent à d’étranges grosses bêtes.

Quel cadeau quand on écrit des livres sur l’art de constater le prolongement qui peut en être fait. Car il ne s’agissait pas de « copier » Riopelle mais bien de s’en inspirer. À travers ce thème, c’est aussi toute l’approche sur le Grand Nord comprenant les modes de vie, la faune et l’art Inuit qui a été abordé.

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