Petit bleu petit jaune - couverture. Leo Lionni

Couleurs couleurs

Rencontre avec Michel Pastoureau

Ce matin, j’ai eu la joie de m’entrenir avec Michel Pastoureau à propos de son livre jeunesse Pierre n’a plus peur du noir (Ed. Privat). Un joli prétexte pour parler des couleurs en général dans les livres de littérature jeunesse.
En terme de vocabulaire, elles sont très présentes bien sûr (Le petit lapin rouge, Poussin noir...) et dans l’illustration, elles jouent une place essentielle. Pensez seulement  à la force d’expressions telles que « vert de rage », « peur bleue ». Il est clair que les illustrateurs donnent une place expressive et émotionnelles aux couleurs qui accompagnent les personnages et  l’atmosphère du récit.
Pendant très longtemps, l’aquarelle fut le médium dominant de l’illustration. L’influence du Pop Art, des courants artistiques tels que l’abstraction lyrique, l’expressionnisme ou le fauvisme ont largement influencé les créateurs de la 2e moitié du XXe siècle. Mais aussi la publicité et le graphisme. Les teintes se sont multipliées et les nuances de couleurs ont éclaté dans les albums. Malgré tout, l’aquarelle n’a pas disparu. Elle est néanmoins caractérisée par l’emploi de traits à l’encre qui soutiennent le dessin. Le trait est peut-être là pour nous rappeler qu’un enfant dessine avant tout et colorie ensuite.

 

Couleurs Couleurs

Dans les années 80, on voit aussi s’imposer une illustration beaucoup plus picturale, utilisant des teintes lumineuses, des effets de matières nous plongeant dans de véritables tableaux (Chien Bleu, de Nadja) : le bleu est irréel mais lumineux, le jaune lumineux presque fluorescent provoque un contraste évident avec la page suivante se déroulant dans la noirceur de la forêt. D’autres grands artistes tel François Rocca utilise des palettes proches de l’esprit cinématographiques.  Des couleurs et des lumières profondes dans des espaces époustouflants (L’Indien de la Tour Eiffel).
D’autres mediums tels que les crayons de couleurs ou le pastel, vont imposer une poésie différente. Si je pense aux pages de Kitty Crowther, je pense aux détails frais et vifs de la végétation. Une certaine légèreté dans les tonalités qui vient contrebalancer son utilisation du noir valorisant les contrastes.
Plus récemment, l’utilisation des ordinateurs montre des palettes différentes, des couleurs en aplats mais efficaces dans les livres pour les tout-petits car elles permettent un découpage net des formes. Enfin, on voit apparaitre dans de récents albums des couleurs inhabituelles ou un retour « vintage » des teintes et des nuances des années 50. Je pense à Anais Vaugelade, Adrien Albert.
Et le manque de couleurs, alors?…Cela signifie, laisser de l’espace, de la respiration. Ça aussi était impensable il y a 20 ans. On se croyait obligé de tout remplir dans la page, ce qui apportait parfois de la confusion et un manque de clarté dans les images pour l’enfant.
Évidemment, tout cela n’aurait pas été possible sans les avancées techniques de reproduction qui permettent de rester fidèles aux médiums utilisés par les créateurs.

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