Le loup qui avait toujours faim

L’appétit vient en lisant

Le loup qui avait toujours faimIl m’arrive de participer  à l’émission de Radio Canada  On n’est pas sorti de l’auberge. J’ai beaucoup de plaisir à faire cette chronique entre gastronomes avertis, cuisiniers et spécialistes du monde agro-alimentaire. Le propos de ce  volet  est de montrer  l’importance et la place de la nourriture chez l’enfant, dans son imaginaire et dans sa réalité, et ce à travers des livres de littérature jeunesse.
Et en effet, il est intéressant de constater combien la nourriture est présente dans ces livres pour enfants. Nos petits se nourrissent en lisant et entrent dans des histoires où bien souvent les personnages mangent ou se dévorent. L’expression dévorer des livres serait-elle un rappel de notre instinct de survie ?

Mais je m’égare. Se nourrir est vital et  fait partie de nos gestes quotidiens. Le premier réflexe du nouveau-né n’est-il pas celui de téter ? Ainsi le rapport à la nourriture est d’abord ce moment d’intimité entre la maman et son petit. Peu à peu, pour l’enfant, manger devient le terrain de jeu formidable de différents apprentissages: la prise d’autonomie (capacité de manger seul par exemple), l’exploration et la découverte des couleurs, des goûts et des saveurs, la socialisation…

C’est souvent autour d’une table que les conversations vont bon train, que les émotions s’exacerbent. Les récits d’Astérix finissent toujours dans la joie autour d’un banquet. Mais l’ambiance d’une soirée familiale peut être totalement ruinée par les pleurs d’un enfant qui ne veut pas  goûter un plat ou  finir son assiette. Au contraire, certains mets déchainent multitude de plaisirs et de sensations, à tel point qu’ils restent profondément ancrés dans notre mémoire gustative (la Madeleine de Proust).

L’acte de « manger » est si essentiel, comme respirer ou dormir, que depuis la nuit des temps, les récits lui donnent une place de choix. Je pense aux histoires provenant de la nuit des temps,  d’une époque où, en Occident, beaucoup avaient faim et mourraient de faim, et où l’on craignait de se faire dévorer par un loup. L’imaginaire tient alors un grand rôle et l’ogre et le loup  deviennent rois des forêts. L’héritage de ces histoires est bien enraciné dans notre culture. Pensons à Rabelais et son Gargantua. Pensons aux contes traditionnels dans lesquels on dévore (les ogres, les loups), dans ceux où l’on fantasme (maison de pain d’épice d’Hansel et Gretel, Jack et le haricot magique) ou ceux dans lesquels la nourriture est un enjeu clé du récit (Le Chaperon Rouge, Blanche-Neige et la pomme ensorcelée de la sorcière). Et tous ces personnages qui gardent secrètement des recettes terrifiantes (potions de sorcier), enrobant la nourriture de mystère. Ah, la magie de la nourriture !
Manger est une chose, boire en est une autre. Avec le thème de la nourriture, dans ces histoires anciennes, nous ne sommes jamais très loin  d’un autre thème, celui le pouvoir. La soif du pouvoir?

Ce thème fondamental permet aussi d’observer des attitudes, sociales ou plus animales , ainsi que des éléments  culturels. Depuis que la littérature « s’éclate », on voit des auteurs et des illustrateurs qui libèrent les fruits et les légumes en les personnifiant. Tout délire est permis. Roald Dahl (Charlie et la chocolaterie) et plus près encore Claude Ponti (Blaise et le château d’Anne Hiversère) ont ouvert les portes à cette libération,  mais surtout à l’imaginaire porté par ce monde immense et magique des aliments. Encore et toujours la magie. Car faire un gâteau reste mystérieux pour un enfant qui voit  gonfler  sa pâte dans le four sous l’action d’une forte température.

Désormais, les carottes et les fraises ont leur mot à dire. Bénédicte Guettier les met en scène dans des histoires humoristiques (des enquêtes de style BD) et mine de rien, faire passer pas mal de connaissances sans compter les expressions propices à ce thème (La série de lInspecteur Lapou et le potager de Bénédicte Guettier).

Ou bien, on poétise allègrement en proposant d’immenses livres pour les tout-petits (Bon Appétit, de Dedieu).

Je déclinerai donc sur quelques thèmes relatifs à ce sujet dans de futures chroniques. Mais en attendant, si vous souhaitez rassembler une bibliothèque, voici quelques suggestions: L’appétit vient en lisant.

Sinon rendez vous Dans ma bibliothèque il y a… !

 

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