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Le prince Sauvage et la renarde

-25° en ce dimanche glacé, au coin du feu, j’ai sorti les livres que je mets sous l’arbre chaque année pour que les enfants de passage les dégustent confortablement. Cette année j’ai ajouté un conte merveilleux de Jean-Philippe Arrou-Vignod, illustré par Jean-Claude Götting, Le prince Sauvage et la Renarde.

Cette histoire contient tous les ingrédients du genre et à n’en point douter, deviendra un « classique » puisqu’on y retrouve…
Un personnage principal, le prince Sauvage, héros du récit ou plutôt anti-héros puisqu’il est détestable, cruel et destructeur, et craint même par sa mère, la reine.
Des alliés en la personne de sa nourrice qui l’adore, mais aussi le roi et la reine, ses parents car, après tout, il est leur fils.
Le coup du destin (ou l’obstacle du récit) qui frappe un beau jour celui qui « dégoûté des femmes, furieux contre le monde entier, (…) redoubla de carnages ».
Ce moment où tout bascule, il le doit à un cerf qui l’entraine au plus profond de la forêt. S’enfonçant loin très loin, obsédé par sa quête sanglante, le prince Sauvage en oublie le piège tendu de ses propres mains que cache la neige. « Soudain, il y eut un claquement terrible, suivi d’un cri plus terrible encore ».
Survivre ou périr ? Certes le prince Sauvage se débat avec la vie, et s’il ne la comprend pas comme telle au départ, la chance lui sourit en la personne d’une renarde qui s’approche. Nous pourrions dire qu’elle tient ici le rôle de la marraine, lui apprenant patience et humilité.  Chaque jour elle revient le voir, attendant de le voir laisser tomber sa peau sauvage (de sauvage?), le renvoyant à  la solitude, la peur, le désespoir et la faim.
Puis dans un très beau passage du conte, quand arrive le printemps porteur d’espoir, voici le prince qui devient attentif à la nature qui l’entoure, à en oublier sa faim, son goût du sang, à en oublier ce qu’il fut. Il retrouve sa liberté, son pied amaigri n’étant plus retenu par les mâchoires d’acier.
« Il n’y a pas de miracle, répondit la renarde, ni sous ce ciel ni sous un autre. Ce n’est qu’à toi, prince Sauvage, que tu dois d’être enfin libre ».

Coup de chapeau à Jean-Philippe Arrou-Vignod qui offre ici un texte magistral, et fluide malgré l’utilisation du langage riche  des contes  traditionnels dont on se délecte. Il y exprime parfaitement la renaissance du prince qui donnera désormais à son nom « Sauvage » une couleur plus noble. Noble aussi le pardon qu’il devra faire à la renarde en lui offrant sa toque faite de la fourrure de ses renardeaux. « C’est le plus beau jour de ma vie depuis celui où je t’ai mis au monde », lui dit la reine. Voilà, nous sommes passés de l’obscurité à la lumière.

Et pour accompagner cette métamorphose, le lecteur se délecte d’illustrations dont les lumières, les couleurs, les cadrages, les perspectives et les motifs jouent parfaitement leur rôle dans un tel texte. Jean-Claude Götting est tour à tour artiste fauve, poète des émotions et peintre bucolique. J’aime beaucoup l’idée de la page couverture où  la renarde est déjà présente sur les traces du prince.
Un récit parfait, des idées magnifiques sur le regard sur soi, le regard des autres et au fond sur « qu’est-ce qui nous fait vraiment », des séquences formidablement rythmées par les illustrations…À déguster très vite pendant les vacances qui approchent.

Quelques liens auxquels j’ai pensé en terminant cette lecture:
La Leçon dont j’ai parlé dans un précédent article
Prince tigre de Chen Jiang Hong sur l’idée d’apprendre du monde sauvage

Et puis, je n’ai pu m’empêcher de penser au Petit Prince à travers cette renarde philosophe.

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