Splatch bloub et zim bam boum hello bonjour

 

Splatch bloub et zim bam boum hello bonjour !

Tout juste revenue d’une tournée américaine dans les écoles d’immersion publiques (on dit plutôt Dual Language Programm), je confirme l’importance d’avoir  de bons livres de littérature jeunesse en classe. Évidence pas évidente pour les enseignants formidables de ces écoles qui se battent pour avoir du matériel de qualité. C’est pourtant une grande nécessité, pour les enfants qui entrent en contact avec une nouvelle langue, d’avoir accès à des textes littéraires. Musique du langage, livres venus d’ailleurs, valeurs parfois  bousculées…c’est aussi cela, apprendre une autre langue.

Pourtant ce que l’on trouve essentiellement dans les classes, ce sont des livres « nivelés ».  Mais enfin d’où vient cette manie de faire découvrir une langue à travers des histoires insipides totalement intéressantes et sans suspense ?
Taillés dans un cadre étroit ne proposant aucune richesse de contenu, aucun lien texte image intéressant, aucune musique amusante aux oreilles des jeunes apprentis de la lecture, ces livres sont d’une platitude époustouflante. Croit-on vraiment, parce qu’il est inscrit niveau 1,2 ou 3, que cela signifie vraiment quelque chose? Confond-t-on littérature et mathématiques? Note-t-on uniquement la capacité d’un élève à lire dans le décodage sans  noter  la compréhension ? Mais alors, que veut dire LIRE, même en seconde langue?
Éditeurs de livres nivelés, prenez-vous les enfants pour des imbéciles ?

Si les enseignants que j’ai rencontrés utilisent ces livres (car souvent reliés à des manuels scolaires), c’est parce qu’ils n’ont pas beaucoup d’autres choix. Ça ne coûte pas cher et ça arrive en séries. Mes rencontres visaient à faire en sorte que peu à peu, l’on introduise la « vraie » littérature, celle où l’on tient le lecteur en alerte, où l’on se délecte de ne pas encore connaitre la fin, où l’illustration nous apporte des indices de compréhension, et plus encore. Pourquoi les enfants des classes d’immersion n’y auraient pas droit, eux aussi ?

Ce qui me frappe est la pauvreté des idées et du vocabulaire dans les livres nivelés, sous prétexte que les élèves apprennent une 2e langue. Mais la motivation à apprendre une 2e langue devrait être au contraire entretenue par l’intérêt des histoires et des textes qu’elle transmet. Or souvent, les élèves restent aux approches d’un vocabulaire utilitaire (et nécessaire bien sûr), celui de l’oral. Leur contact avec le langage de l’écrit, celui qui leur permettra de développer leurs images mentales, reste trop rare. Car il s’agit bien de cela. Inviter les enfants à peu à peu découvrir et apprécier de nouvelles sonorités, de nouveaux rythmes dans l’expression, avant même de découvrir de nouvelles façon de penser.

Au-delà, il y a aussi la découverte culturelle qui est passionnante. Car enfin, on ne se le cachera pas, les littératures sont différentes d’une culture à l’autre. Les valeurs, la présentation des idées, la communication entre les personnages,  la façon d’embarquer le lecteur dans l’histoire, tout cela amène à comprendre que l’apprentissage d’une langue est aussi l’accès à une  nouvelle culture. Et oui, il y a des histoires bizarres pour les uns, communes pour les autres. Oui les débuts du monde sont parfois représentés par la science, d’autres fois par la Bible, d’autres fois encore par l’intervention d’un oiseau magique. L’important est la confrontation des points de vue. Ne pas exclure ce qui ne correspond pas vraiment à nos valeurs est aussi un défi lorsque l’on utilise une littérature jeunesse venant du pays de la langue que l’on apprend.

Pour aider ces enseignants, j’ai concocté une bibliographie que vous trouverez dans ma bibliothèque « spéciale immersion ». Avec notamment une liste d’albums où les sons sont importants: ludiques, répétitifs, rythmés, ils offriront aux lecteurs beaucoup de plaisir dans la découverte du français.  Le plaisir…tout est là.

 

 

 …………….PROCHAIN ARTICLE À SUIVRE « Fous de Ponti »

Lire, une évidence?

TotoLe premier trimestre bientôt achevé, c’est un bonheur d’entendre les enfants de 1ere année commencer à lire. Je me souviens de ce moment miraculeux qui me permettait tout à coup d’articuler des mots, syllabe par syllabe, puis tout à coup en comprendre le sens. Fierté.
Certes je n’ai pas bénéficié de tous ces livres jeunesse tels qu’ils existent aujourd’hui. J’avais mes Martine, Caroline, Pif gadgets, et le Petit Larousse illustré. La méthode insistait plutôt sur ba be bi bo bu qui n’étaient que des sons et des abstractions. Pourtant, j’ai réussi à lire « TOTO VEUT LA POMME ».

Oh, je ne suis pas devenue accroc à la lecture immédiatement. Je n’ai pas (comme je le vois aujourd’hui auprès d’enfants de 9 ou 10 ans), osé prendre un vrai gros roman avant l’âge de 13 ans. J’avais bien d’autres chats à fouetter entre les aventures d’Asterix, de Tintin ou le mystère des contes en 45 tours  que j’écoutais en suivant le texte. La Petite Sirène surtout qui me bouleversait mais je ne savais pas trop l’exprimer. Et je gardais ça pour moi. Jamais il ne me serait venue à l’idée devant mes frères et mes parents de dire »j’ai trop de peine, je viens d’écouter la Petite Sirène et son chant plaintif ». Souvent les enfants se taisent parce qu’ils ont peur que l’on se moque d’eux, ou qu’on ne les croit pas.
Et moi, je ne le savais pas encore, mais je venais de comprendre à quoi servait une oeuvre de fiction, c’est à dire à déposer des mots et des images sur nos vies et nos émotions. Des mots et des images que jamais nous n’aurions inventés tout seuls. Lire est un soulagement. En lisant ma Petite sirène, c’est moi qui fabriquais l’histoire. Magique.

Si nous posons la question aux enfants:  À quoi ça sert de lire? À quoi ça sert tous ces livres?
Ils  répondent: pour apprendre des choses, ou pour rire, vivre des aventures. Oui, c’est vrai, mais si nous prenions le temps de vraiment leur expliquer que la nécessité de lire (de la fiction, entre autres) est reliée au plaisir, ils seraient plus motivés. C’est une question simple à laquelle ils doivent trouver une réponse. Et pour cela il leur faut des livres réjouissants et des outils de lecture. Et du temps, non? et de livres partout aussi: dans les café, les banques, les pharmacies, les supermarchés…Des bons livres.

La course en livreAlors que nous vivons la génération la plus riche en livres jeunesse,  comment se fait-il que tant d’enfants n’y voient pas l’intérêt, ou n’aiment pas ça, ou ne comprennent pas ce qu’ils lisent?
J’en viens à évoquer La course en livre  le dernier Claude Ponti, une bombe ! Enfin…une brique de 108 pages avec des poussins qui font la course dans le livre. Qu’est-ce qu’une lettre, un mot, une histoire ? Quel est le vrai du faux et le faux du vrai ? Ponti chamboule tout, voilà un livre réjouissant et un créateur incroyable qui sait se renouveler et nous étonner. En le lisant j’ai pensé aux enfants qui démarrent un jeu en tentant de bien respecter les règles, puis qui tout à coup, partent et courent dans tous les sens parce que ce qui prime avant tout, c’est le plaisir. Parfois il y en a un qui pleure mais il a toujours la possibilité de sortir s’il en a assez. D’ailleurs, Claude Ponti lui offre une porte de sortie. Et puis de toute façon, il est libre comme l’air qu’on respire dans les livres. Car « Impossible d’être prisonnier d’un livre. » C’est Blaise le poussin masqué qui le dit donc c’est vrai. Quelle trouvaille! Lire c’est vivre.